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Témoignage d’un stagiaire ADG au Sénégal, pays de la Terranga

[22-08-2017]

Vers l’autre côté du miroir. L’avion quitte le sol. Les paysages défilent, allant d’abord des champs cultivés que je connais si bien vers les plaines arides d’Espagne, jusqu’à plonger dans l’inconnu des déserts d’au-delà le détroit de Gibraltar. Partir en Afrique pour la première fois c’est comme sonner chez des voisins qu’on voit souvent mais ne connait pas vraiment, très loin mais si proche pourtant. 8 heures de vol avec escale. A l’aéroport on y est. C’est un peu la cohue, il n’y a pas vraiment de file pour le contrôle des bagages. Dehors, beaucoup veulent déjà rendre service contre une petite pièce, l’aventure commence.

Je suis étudiant à Gembloux Agro Bio Tech, en spécialisation foresterie. Des forêts je n’en garde que la beauté dans un coin de la tête, car cette fois-ci je vais m’intéresser à de l’économie rurale, pour étudier le mode de vie des populations dans le delta du Saloum, ce vaste espace de mangrove préservées. Ce voyage au Sénégal est la dernière étape d’un trio d’un an, commencé par un stage dans les forêts luxuriantes d’Equateur, puis un Erasmus en Espagne. Cette fois-ci c’est le grand inconnu, avec un stage me demandant davantage de savoir-faire en relations humaines que de connaissances brutes.

ADG Sénégal est la partie la plus imposante de l’ONG, avec 7 projets en cours au Sénégal, et une équipe de 20 personnes. Ses actions permettent le soutien à des populations rurales dans le besoin, avec l’apport de connaissances et de matériels. Récemment, un projet important a été conduit dans le delta du Saloum (le projet PRECEMA), et je vais poursuivre le travail avec un stage centré sur l’étude des activités et revenus des ménages de la zone.

Si tous les voyageurs abordent la notion de choc culturel, c’est qu’il est bien présent. Mais je préfère parler de décalage car voyager c’est retirer la cale de notre confort parfois devenu terne. Ma première observation en marchant dans les rues a été la pauvreté : les enfants à pied nus et aux vêtements déchirés, les ordures jonchant le sol sans poubelles pour les récolter, la poussière de sable sur les trottoirs encombrés. Au détour d’un coin de rue le décor change, je me retrouve dans un espace touristique. Devant des façades plus occidentales et des restaurants, des vendeurs de souvenirs au regard vif captent l’attention puis invitent ostensiblement le touriste à venir jeter un coup d’œil aux objets locaux. Ensuite j’ai vu que tout le monde marchait lentement et j’ai dû ralentir mon rythme pour ne pas être le seul dans la rue à marcher vite. Après plus de temps il ne restait en moi que la simplicité sur les visages, les sourires sincères et le visage béat des bébés sur le dos de leur mère. Personne ne court dans ce paysage de ciel bleu et de sol jaune ; seuls les papiers blancs piquent parfois un sprint, quand ils sont soulevés par le vent.

 "Concert touristique à l'Hôtel Piroguiers" 

A mon arrivée aux bureaux d’ADG, j’ai reçu tout l’encadrement nécessaire à une première expérience dans l’inconnu. L’équipe sur place était très sympathique, et le travail s’est déroulé dans la bonne humeur et une atmosphère sérieuse quoique décontractée. Je tiens à remercier Stéphane Contini qui a su rendre mon intégration progressive et agréable, de même que Gregroy Maraite pour son accueil la première semaine, et finalement je souhaite remercier les camarades de la maison de passage, toujours très gentils. Après quelques semaines à préparer mon enquête, mon maitre de stage Samba Atta Dabo m’a présenté à l’équipe de terrain APIL (Association de promotion des initiatives locales), qui allait m’accueillir à Foundiougne et m’accompagner pour la phase terrain du stage, pendant deux mois.

Foundiougne est un village tranquille, en bordure du delta du Saloum. Sa situation enclavée au bord du fleuve Saloum en fait un village très calme quoiqu’important. Foundiougne, c’est avant tout la famille, les ami-e-s ; c’est aussi le sport, la culture et la fête. Une bulle de paradis de 7000 habitant-e-s. Je ne les oublierai pas. Foundiougne c’est aussi le point de départ vers les missions dans le delta du Saloum, à la rencontre des populations enclavées dans cette large étendue boisée, où percent des étendues de sable salé, comme d’étranges déserts humides dans le luxuriant labyrinthe que forment les palétuviers échassiers et les bolongs d’eau libre.

À Fondiougne je me rappelle surtout le thé quotidien partagé avec Bassirou Kambé, le gardien qui est devenu un vrai ami ; je me rappelle aussi les repas en famille chez les Mbaye qui m’ont vite considéré comme un fils, et pour l’anecdote j’aime aussi me souvenir les nuits à dormir sur la terrasse sous les fleurs de bougainvillier, à profiter de la fraicheur nocturne qui venait contraster avec les chaleurs étouffantes de la journée.

Etudier les activités des ménages du delta du Saloum a été pour moi une occasion d’aborder le mode de vie de populations rurales reculées, loin de ce que je connaissais comme une norme de vie, en Europe. J’ai pu interroger les familles sur leurs activités au jour le jour et leurs revenus, mais aussi leurs aspirations dans la vie et leur avis sur l’émigration de leurs fils, qui se retrouvent parfois sur les barques traversant la Méditerranée, au péril de leur vie. J’ai pu aborder une facette du monde qui m’était jusqu’alors inconnue… de l’autre côté du miroir.

Cette première expérience en Afrique a été l’occasion de vivre dans un nouvel environnement loin de ce que je ne connaissais pas : j’ai dû apprendre à m’adapter, communiquer, travailler en équipe, partager… J’ai aussi trouvé un nouveau sens aux valeurs que sont la famille et les religions, et j’ai trouvé de nouveaux objectifs professionnels à ma vie avec la coopération au développement. Maintenant j’ai l’impression d’aborder le monde avec une patience et une curiosité nouvelle. Par ailleurs, j’ai aussi eu l’occasion d’aller à des concerts et des fêtes de toutes sortes ; j’ai visité la côte du pays de Saint Louis jusqu’à la Casamance, en passant par cet étonnant pays anglophone qu’est la Gambie. Malgré tous ces beaux paysages, les plus belles découvertes que j’ai faites au Sénégal ont été humaines, avec les amis et les familles que j’y ai rencontré. Je recommande cette expérience au sud à tous ceux qui voudraient découvrir la coopération au développement, le mode de vie de nos frères du sud, ou rencontrer des cultures et valeurs nouvelles. Après ce voyage, j’ai l’impression d’avoir pu poser une pierre sur l’édifice humain de la tolérance et du respect de chacun-e, et je souhaite poursuivre ma route sur ce chemin.

Laurent Lippens